• Œufs et Fipronil, les trois volets de l'affaire

    Les médias se sont fait l’écho de la contamination frauduleuse d’élevages de poules par du Fipronil, dont les œufs produits sont eux-mêmes contaminés.

    L'ensemble de l'affaire appelle une analyse qui porte sur ses trois volets : la fraude, la contamination, et la question des risques.

    Œufs et Fipronil, les trois volets de l'affaire

    Photo : Isabelle Boujou (Flickr, CC-BY-NC 2.0)

    Le Fipronil est aujourd’hui réservé aux usages vétérinaires. Ce ne fut pas toujours le cas. Il a été homologué et a reçu en 1993 une Autorisation de Mise sur le Marché par le CSHPF [1] (aujourd’hui ANSES) [2] pour usages agricoles avant d’être retiré en 2004 en raison de son implication dans le drame des abeilles.

    Premier étonnement : ce sont bien les apiculteurs, et non l’Agence gouvernementale sanitaire, qui ont alerté les pouvoirs publics. On peut se demander quel crédit on peut accorder aux processus d’homologation ? Fort justement, deux institutions ont mis en cause la qualité de « l’évaluation des risques » : l’EFSA [3] (Agence européenne sanitaire), dans le cas de l’abeille mellifère, et la FRB [4] (Fondation pour la Recherche sur la Biodiversité). On oublie qu’une homologation est d’abord une garantie d’efficacité du produit !

    À qui profite le crime ?

    Plus généralement, concernant la contamination, nos associations se demandent « à qui profite le crime ? ». En l’occurrence, le « crime » est constitué, non par la contamination et les risques, mais par la fraude. Y aurait-il une affaire Fipronil s’il n’avait pas été retiré des usages agricoles ? Non. Les œufs seraient tout pareillement contaminés par le Fipronil mais… légalement. Les véritables questions qui ne sont pas posées sont celles-ci : aujourd’hui, en marge du Fipronil, par quels pesticides sont contaminés légalement les œufs ? Quelles recherches, sur les effets cocktail (mélange de substances toxiques), ont été menées ? Les autorités, à force d’égrener les informations au jour le jour, conduisent nos associations à se demander si on n’est pas en train de SUBORDONNER la contamination et les risques à la fraude ? Pas de fraude pas de contamination, pas de contamination pas de risque.

     La réponse à la question du risque est le troisième volet de l’affaire. L’ANSES affirme qu’il n’y a pas de risque. C’est là un mensonge par omission. La Dose de Référence Aiguë (ARfD) est de 0,009 mg/kg de poids corporel. Cette ARfD est définie comme la quantité d’une substance par kilogramme de poids corporel qui peut être ingérée dans un repas ou dans une journée sans risque notable pour le consommateur. Il s’agit donc là des effets de toxicité aiguë à court terme. Nos associations s’interrogent, quant à elles, non sur les effets à court terme mais sur les effets de toxicité à long terme à faibles doses ou sur la génération à naître.

    Nos associations s’interrogent sur les effets de toxicité à long terme à faibles doses

    Certes il est probable que l’exposition par la consommation soit de courte durée et peut-être sans effet à long terme sur les adultes. Cependant : l’EPA [5] classe le Fipronil comme « cancérogène possible » et précisons que pour un cancérogène, une seule dose suffit ; l’OMS [6] considère le Fipronil comme dangereux pour le foie, les reins, la thyroïde. Notre inquiétude concerne dès lors surtout l’atteinte de la thyroïde qui fait du Fipronil un perturbateur endocrinien. Depuis Théo Colborn [7], Anna Soto, Vom Saal (...) on sait que dans certains cas « la dose ne fait pas le poison » mais c’est le « moment d’exposition » qui compte. Ce sont donc les embryons et fœtus qui sont aujourd’hui les plus exposés aux risques. Un message de prudence aurait donc dû être adressé aux femmes enceintes.

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    [1] CSHPF : Conseil Supérieur de l’Hygiène Publique de France.
    [2] ANSES : Agence Nationale de Sécurité Sanitaire de l’alimentation, l’environnement et du Travail.
    [3] EFSA : European Food Safety Autority, 2012. « Scientific Opinion on the science behind the development of a risk assessment of Plant Protection Products on bees (Apis mellifera, Bombus spp. and solitary bees) ». EFSA Journal 2012;10(5):2668.
    [4] FRB : Fondation pour la Recherche sur la Biodiversité, 2016. « Biodiversité et néonicotinoïdes revisiter les questions de recherche ».  Rapport du groupe d’évaluation de la recherche du conseil scientifique de la FRB.
    [5] EPA : Environmental Protection Agency.
    [6] OMS : Organisation Mondiale de Santé.
    [7] Corborn Théo, 1997. L’homme en voie de disparition. Terre Vivante.

     
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