• « Ils remontent le temps avec l'herbier Guittot »

    Ouest-France raconte la redécouverte d'un herbier oublié confectionné par un instituteur vendéen de la IIIe République, aujourd'hui inventorié dans le cadre du projet HerbEnLoire.

    « Ils remontent le temps avec l'herbier Guittot »

    L'herbier a été constitué par Jean-Louis Guittot au XIXe siècle.
    Le naturaliste Robert Barbereau en a fait don à la vendéenne Anne-Marie Grimaud (à gauche).
    Il est numérisé avant d'être remis au Muséum d'histoire naturelle de Nantes. Photo : Ouest-France.

    Ouest-France, 30 avril 2016 :

    Ils remontent le temps avec l’herbier Guittot

     « Ils remontent le temps avec l'herbier Guittot »

    De gauche à droite, Anne-Marie Grimaud et son mari, François ;
    Yves le Quellec et Samantha Bazan, lors de la numérisation de l’herbier Guittot. Photo : Ouest-France.

    C'était au temps de l'école obligatoire. Quand cet instituteur vendéen labourait son territoire. Un petit groupe de botanistes s'est pris au jeu de la découverte. Au-delà des fleurs et plantes...

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    L'histoire
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    Sous l'objectif, une feuille jaunie où on reconnaît, soigneusement attachées, feuilles et fleurs d'orchidée. Orchis latifolia, en latin sur l'étiquette. À côté, sur la table de salle à manger encombrée, des dossiers cartonnés où sont empilées des planches d'herbier. Effervescence dans la maison d'Anne-Marie et François Grimaud, à La Chaume, près du port des Sables-d'Olonne.

    250 planches à numériser

    Samantha Bazan, chargée de mission pour le projet de recensement des herbiers en Pays de la Loire (lire ci-dessous), photographie, une à une, les 250 planches qu'Anne-Marie a en sa possession. Un travail méticuleux, qui met en joie l'enseignante retraitée, ancienne prof de sciences de la vie et de la terre. Botaniste et naturaliste à ses heures dans une association locale, la Sablaise ne pensait pas avoir entre les mains un « herbier » aussi précieux.

    L'histoire commence quand Anne-Marie en reçoit les premiers fragments. Le donateur ? Robert Barbereau, sablais d'origine, décédé en 2015. Ancien instituteur en Vendée et principal de collège à Guérande, il est lui aussi naturaliste. « Je l'ai stocké respectueusement dans le haut d'un placard, raconte Anne-Marie. Il pensait que ça allait m'intéresser, me disant seulement qu'un instituteur le lui avait donné. »

    Travail de bénédictin

    Ce n'est que plus tard, quand elle reçoit les derniers morceaux de l'herbier, qu'Anne-Marie prend conscience de sa valeur. Car, sous des airs un peu vieillots, un herbier bien étiqueté, référencé et daté, contient une mine d'informations : « C'est un outil à double entrée qui apporte des éléments scientifiques, de connaissance sur la flore et son évolution, mais aussi historiques », souligne Samantha Bazan.

    Un travail de bénédictin commence. Anne-Marie veut en savoir plus sur ce qui est désormais « son » herbier. Elle dicte à son mari - merci, l'ancien prof de latin ! - le contenu des planches. Yves Le Quellec, président de Vendée nature environnement et passionné d'histoire, mène ensuite l'enquête à partir des étiquettes et commentaires.

    Que raconte l'herbier ? Il a été constitué par Jean-Louis Guittot, né en 1863 au Bourg-sous-la-Roche, dans une famille de modestes paysans. Devenu instituteur, celui-ci a enseigné dans plusieurs communes du département et est décédé aux Sables en 1942. Il a sillonné la Vendée, des marais des Olonnes au bocage, livrant des planches bien documentées (lieu, lieu-dit, date, commentaires) qui donnent à voir une large palette de la flore.

    « Il a fait partie de la première génération d'instituteurs, quand l'école est devenue obligatoire. La botanique, il l'a approchée dès l'école normale, raconte Yves Le Quellec. Il a été en contact avec les pères de la botanique vendéenne, Maréchal et Pontarlier, qui a été son mentor. » L'herbier raconte aussi l'époque : comment le projet scolaire de la IIIe République insistait sur la pédagogie active ; le rôle des sociétés savantes qui avaient la culture de la convivialité...

    Remis au Muséum à Nantes

    Yves Le Quellec n'est pas avare d'anecdotes : « En 1905, deux herbiers scolaires de Guittot, alors instituteur aux Sables, ont participé à l'exposition internationale de Saint-Louis du Missouri, pour le 100e anniversaire de la cession par la France de la Louisiane aux États-Unis. » Quand la petite histoire rejoint la grande...

    Au final, Anne-Marie comme François ou Yves s'accordent à dire que « c'est émouvant de remonter tout ça. Ces botanistes de l'ombre, comme Guittot, n'ont pas connu la gloire, mais ils ont contribué à une démarche d'inventaire de la flore. Un travail colossal ! »

    Avant que l'herbier ne soit officiellement remis au Muséum d'histoire naturelle de Nantes, Anne-Marie a souhaité qu'il soit inventorié et numérisé - le travail qu'effectue Samantha Bazan - « pour être mis à l'abri, puis exploité. La numérisation me permet de garder une trace des planches et d'en faire profiter mon association. » C'est bien la moindre des choses.

    Dossier Édith GESLIN.

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    HerbEnLoire, un recensement régional des herbiers

    « Ils remontent le temps avec l'herbier Guittot »

    Thomas Rouillard, du Muséum d’Angers et Samantha Bazan, chargée de mission à HerbEnLoire.
    Une planche d’herbier conservé à Angers. Photos : Ouest-France.

    Pourquoi recenser ?

    Les herbiers sont des témoins de la biodiversité et le reflet de l'activité botanique. Ce sont des collections de plantes, de fleurs, mais aussi de bois, de graines, de champignons, de mousses, d'algues... Le projet HerbEnLoire, « Herbiers en Pays de la Loire, histoire, conservation, valorisation », vise à recenser tous les herbiers, en lien avec le programme national e-Recolnat.

    Les informations recueillies alimenteront une base de données. « On pourra évaluer ce patrimoine, mais aussi conduire une étude scientifique sur les espèces et des recherches historiques sur les botanistes », explique Samantha Bazan, chargée du projet, financé par la Région Pays de la Loire.

    Pour Thomas Rouillard, responsable des collections botaniques au Muséum d'Angers, « l'herbier n'est pas du tout dépassé. C'est un outil sur lequel on peut faire des études modernes, comme des analyses ADN. » Un comité de pilotage régional réunit plusieurs partenaires, dont le Conservatoire national botanique, le Centre de recherches historiques de l'Ouest. Le premier va mener une étude sur un certain nombre d'espèces, le second va s'intéresser aux collecteurs de plantes, à la pratique de la collection...

    Quelles sont les richesses ?

    À Nantes, Angers, Le Mans et Laval, les muséums hébergent déjà des collections : on compte par exemple 350 000 échantillons à Angers, 250 000 à Nantes, 55 000 au Mans, 30 000 à Laval. La belle époque des herbiers, c'est la deuxième partie du XIXe siècle.

     Angers possède deux herbiers importants, de 100 000 échantillons chacun : celui d'Alexandre Boreau, qui a été directeur du Jardin des plantes, sur les espèces du centre de la France, et celui de James Lloyd sur les plantes de l'Ouest.

    Lloyd était un botaniste nantais né en Angleterre. Il a légué sa collection à la ville d'Angers.

    Que recherche HerbEnLoire ?

    HerbEnLoire recherche des herbiers préservés de particuliers, écoles, mairies, associations... Depuis le démarrage du projet, en octobre 2015, « 350 herbiers ont été listés. Ils ne sont pas encore tous expertisés et rentrés dans la base de données », précise Samantha Bazan. Le recensement est mené jusqu'en avril 2017.

     

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    Treize plantes au crible des botanistes

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    Trois questions à...
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    « Ils remontent le temps avec l'herbier Guittot »

    Julien Geslin, chargé d’études au Conservatoire botanique national de Brest,  antenne Pays de la Loire

     

    Photo : Ouest-France

    Qu'attendez-vous d'HerbEnLoire ?

    On va pouvoir compléter nos connaissances sur la répartition des espèces, quantifier l'évolution de leur présence. On va voir comparer leur morphologie, repérer la dynamique des apparitions et disparitions, les dates de naturalisation d'une plante exotique. On va s'intéresser aux plantes rares et menacées, invasives, parasites... On va se pencher sur un échantillon particulier de treize plantes.

    Comment l'avez-vous choisi ?

    Nous avons sélectionné celles qui nous apporteront le plus d'informations. Ces plantes appartiennent à des familles et des milieux différents. Dans la liste, lycopodiella inundata, plante des tourbières, vue pour la dernière fois dans le Maine-et-Loire en 1902. Il y a aujourd'hui un plan de conservation. En cause, la modification du milieu et des pratiques agricoles, avec le drainage notamment.

    Vous allez aussi constater les effets du changement climatique, de l'urbanisation...

    Plusieurs taxons, en effet, vont nous permettre d'évaluer les variations. Plante du cortège méditerranéen, Andryala integrifolia s'étend avec les axes de communication. C'est une espèce dont la progression du sud vers le nord est flagrante. Idem avec Crepis sancta, identifiée à Nîmes en 1763 ; en Sarthe en 1878 ; à Montreuil-Bellay en 1902. Elle a aujourd'hui colonisé tout l'est de l'Anjou.

    Cinq atlas de la flore de la région ont été publiés. Infos : cbnbrest.fr.

     

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