• Agriculture et méthanisation : attention aux risques et dérives.

    La valorisation de la matière organique des déjections animales par méthanisation est une idée intéressante, encouragée par les pouvoirs publics, et attractive pour des agriculteurs en quête de diversification. Elle présente cependant un certain nombre de difficultés qu’il ne faut pas se dissimuler, voire des limites et des risques de dérive qui doivent être interrogés.

    C’est ce qu’entreprend Vendée Nature Environnement à l’occasion de l'étude d’un projet soumis à enquête publique.

    Interactions d'une unité de méthanisation avec le territoire

    Interactions d'une unité de méthanisation avec le territoire.
    © Rhônalpénergie-Environnement - août 2008.

    La méthanisation est un processus de dégradation de la matière organique par des micro-organismes, en conditions d’anaérobie. Il en résulte la production d’un biogaz (composé très majoritairement de méthane), mais aussi d’un sous-produit : le digestat.

    Du biogaz, et un déchet.

    Le biogaz peut être valorisé par la production d’électricité et de chaleur. Le digestat, éventuellement séparé en une partie solide et une partie liquide, doit être épandu sur les terres agricoles (la partie solide pouvant aussi, le cas échéant, être compostée).

    Les problèmes posés par une unité de méthanisation agricole diffèrent selon ce qui fait la base de son fonctionnement. De manière générale, les effluents d’élevage sont très faiblement méthanisables : fortement chargés en azote et en phosphore, ils comportent une trop faible part de carbone (CH4, la formule du méthane, se décline ainsi : 1 atome de carbone et 4 d’hydrogène). Il faut donc compléter la « ration » de lisier par d’autres matières  au meilleur potentiel de méthanogénèse (résidus de cultures, déchets des industries agro-alimentaires…).

    La conservation des éléments fertilisants.

    Le processus conduisant à la production du méthane ne consomme ni l’azote ni le phospore introduits dans le digesteur. Ces composantes des effluents sont donc conservées et concentrées dans le digestat, augmentées de ce qui résulte du complément de matières apportant, outre le carbone souhaité, encore plus d’azote et de phosphore...

    Un transfert de charges polluantes.

    Ces apports complémentaires provenant de l’extérieur de l’exploitation agricole, la charge polluante relevant de son activité première peut s’en trouver aggravée dans des proportions très significatives.

    Ce transfert, s’il est bénéfique pour les industriels qui se débarrassent à bon compte de déchets, peut l’être beaucoup moins pour des bassins versants fragiles où l’urgence est plutôt de diminuer les flux d’azote et de phosphore…

    Il faut aussi noter que les éléments-trace métalliques présents dans les lisiers (et tout particulièrement dans ceux d’origine porcine) ne sont pas détruits au cours du processus de méthanisation. On les retrouve donc intégralement dans le digestat. Cadmium, chrome, cuivre, mercure, nickel, plomb, zinc… font partie de ces contaminants toxiques qui s’accumulent dans les sols au fur et à mesure des épandages.

    Les germes pathogènes.

    Enfin, contrairement à ce qu’on lit généralement, l’effet réducteur du processus de méthanisation sur les germes pathogènes (bactéries, virus, parasites) présents dans les effluents organiques n’est pas garanti ; spécialement quand le méthaniseur fonctionne en régime mésophile (soit une température interne de l’ordre de 37°C), comme c’est le cas, le plus souvent, dans les unités installées à la ferme. L’hygiénisation des effluents et du digestat demandent donc une grande vigilance.

    Un risque de changement de vocation des terres agricoles.

    Il faut aussi être vigilant face à la tentation d’alimenter les unités de méthanisation par des cultures dédiées. Ce faisant, on s’éloigne de l’idée initiale de valoriser des déchets ; on introduit une modification d’usage des terres agricoles et surtout une concurrence de ces usages, la production à visée énergétique venant se substituer à la vocation alimentaire de l’agriculture.

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    • Lire les observations transmises par Vendée Nature Environnement sur le projet de méthanisation à la ferme de L'Aiguillon-sur-Vie, dans la section du blog consacrée à la publication de ses prises de position.
    « Sur le projet de méthanisation de L'Aiguillon-sur-Vie (GAEC Chiron).Flore et faune : deux livres évènements pour la Vendée. »

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  • Commentaires

    1
    Fulton85
    Dimanche 4 Novembre 2012 à 18:16

    Le projet du Gaec Chiron à l'Aiguillon sur Vie cumule les handicaps. Au coeur d'une zone marécageuse, au confluent du Gué Gorand et du Jaunay et à la porte de l'Océan (St Gilles Croix de Vie et ses ports de pêche et de plaisance sont à 3 kms ) les sites d'épandage sont dramatiquement mal choisis. Ce projet est couplé à une augmentation du cheptel de porcs sur lisiers et va immanquablement conduire à l'eutrophisation des cours d'eau et favoriser l'apparition des algues vertes sur nos côtes vendéennes.

    Ne laissons pas l'industrie agro-alimentaire bretonne exporter ses nitrates dans notre beau département.

    Ce projet conduit sans concertation a généré une grande mobilisation, soyons attentifs à la décision du préfet ; elle marquera les intentions réelles de l'état dans le devenir agricole de la Vendée : soit une poursuite de l'intensification de l'agriculture en lien avec l(industrie agro alimentaire, soit une tentative de faire de la Vendée une terre de projets compatibles avec la vocation touristique naturelle de ce beau territoire.

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